Actualité 2020-21

Comment le repêchage a bâti le championnat des Chiefs

Le repêchage 2020 sera le premier d’Andy Reid en tant que champion du Super Bowl. Après des années à avoir été considéré comme un des meilleurs, sinon le meilleur entraîneur à n’avoir jamais remporté l’ultime honneur, Reid a finalement prévalu en février dernier et ses prouesses et celles de son équipe au repêchage sont directement en lien avec ce premier titre.

Pourtant, lorsqu’on regarde les chiffres du dernier Super Bowl, de tous les joueurs ayant joué au moins 50% des jeux offensifs ou défensifs des Chiefs, seulement 36% ont été repêchés par l’équipe. Sans compter qu’ils n’ont repêché que 4 fois en première ronde sur les 7 saisons d’Andy Reid comme entraîneur-chef. Ce serait toutefois mal interprété leurs succès. Ils ont été l’une des équipes les plus efficaces avec leurs choix, n’ont eu que de bons résultats en première ronde et ont bâti leur profondeur dans les rondes subséquentes. Et il y a eu Patrick Mahomes.

Frapper le jackpot au poste de quart-arrière

Il ne faut pas oublier que Mahomes était loin de faire consensus à l’aube de l’encan 2017. Pro Football Focus l’avait au 29e rang, Mike Mayock au 32e rang, ailleurs on l’avait hors de la première ronde et même au 100e rang! Notre collègue Hugues le plaçait au 3e rang de ses quarts-arrières (ne lui en voulez pas, tous les analystes avaient Mitch Trubisky devant Mahomes), mais son résumé était pile-poil :

« À mon avis, Mahomes est le quart le plus talentueux du groupe. Oui, il a des lacunes au niveau technique, mais ça se travaille et ça se corrige.

Ce que j’aime de Mahomes, c’est que personne ne pense qu’il est prêt à assumer un rôle de partant dans la NFL. Le consensus est qu’il possède un talent fou, mais qu’il a du chemin à faire avant d’être partant. En ce sens, il risque d’être repêché par une équipe qui possède déjà un partant de qualité et qui est prête à prendre son temps avec lui. Ce serait un scénario idéal qui le mettrait en situation de succès. »

Ce scénario idéal, il était à Kansas City. Reid et les Chiefs ont reconnu l’incroyable potentiel et vu la possibilité de fructifier son talent en le faisant apprendre derrière Alex Smith. Ils ont trouvé leur homme et ils se sont assurés de retenir ses services. C’est ainsi qu’ils ont avancé de 17 rangs et sacrifié un autre choix de première ronde dans l’opération. Pour aller chercher leur quart-arrière pour leur attaque, il n’y avait pas d’hésitation à prendre.

C’est d’ailleurs l’une des nombreuses excellentes décisions que les Chiefs ont pris avec leurs choix de première ronde sous l’ère Reid. Regardons année après année :

  • 2013 : Eric Fisher, 1er choix au total
  • 2014 : Dee Ford, 23e choix au total
  • 2015 : Marcus Peters, 18e choix au total
  • 2016 : Choix échangé contre d’autres choix hors de la 1re ronde, l’un d’entre eux deviendra Chris Jones
  • 2017 : Patrick Mahomes, 10e choix au total
  • 2018 : Choix échangé dans le package pour Mahomes
  • 2019 : Choix échangé dans le package pour Frank Clark

Commençons par les gars repêchés par l’équipe. Ils n’en ont raté aucun. Eric Fisher a pris du temps avant de se mettre en marche, mais il est maintenant solide joueur, possiblement le meilleur du top-15 de cette année-là avec Lane Johnson. Pat Mahomes, bien, c’est Pat Mahomes. Les deux autres, qui ne sont plus à Kansas City, ont donné une solide contribution à l’équipe. Mais encore, les Chiefs ont eu la savante idée de les échanger avant de le perdre pour rien sur le marché des joueurs autonomes. Ils ont entre autres reçu en retour le prometteur Juan Thornhill et un choix de 2e ronde lors du prochain encan.

On pourrait arrêter ici et on parlerait déjà de succès. Toutefois leurs choix échangés ont permis de sécuriser Mahomes, reculer pour prendre Chris Jones plus loin et acquérir Frank Clark. Des choix qui auraient été des 28e, 22e et 29e sélections. C’est donc dire que de leurs choix de première ronde, ils ont obtenu un probable membre du temple de la renommée en Patrick Mahomes, deux forces sur la ligne défensive en Chris Jones et Frank Clark, un solide bloqueur à gauche en Eric Fisher, un demi défensif qui a montré de belles choses en Juan Thornhill, en plus de quelques bonnes années de Dee Ford et Marcus Peters.

En termes de gestion de première ronde, difficile de faire mieux!

Des armes pour Mahomes dans les rondes subséquentes

C’est généralement à partir de la deuxième journée qu’une équipe trouve sa profondeur. Si l’on peut trouver quelques partants, tant mieux. Les Chiefs ont fait mieux que ça. Ils y ont trouvé l’essentiel des armes pour Mahomes. Mecole Hardman est un choix de 2e ronde. Travis Kelce est un choix de 3e choix. Demarcus Robinson est un choix de 4e ronde et Tyreek Hill est un choix de 5e ronde. Hardman est encore un projet, quoique qu’excellent sur retour de botté, et Robinson un receveur de profondeur. Kelce et Hill, cependant, sont dans les discussions pour le meilleur joueur à leur position respective. Tout ça, sans Kareem Hunt, un choix de 3e ronde dont les frasques hors-terrain ont mis un frein à un magnifique potentiel à Kansas City.

Ce sont d’ailleurs de troublants problèmes avec la justice qui avaient poussé Hill vers la fin du repêchage 2016 et les Chiefs ont pris le risque en pensant qu’il pourrait s’émanciper dans un bon vestiaire. Quatre ans plus tard, on est encore hésitant sur l’homme, mais le joueur est dans une classe à part. Il n’y a pas un partisan de l’équipe qui regrette ce risque.

Le goût du risque a d’ailleurs servi les Chiefs sur un autre front. Un diamétralement à l’opposé de celui de Tyreek Hill. En utilisant un choix de 6e ronde pour repêcher un garde méconnu de l’Université McGill, ils ont fait le pari que Laurent Duvernay-Tardif pourrait faire la transition hors du Québec. Encore une fois, ce fut un pari payant. Laurent est maintenant le garde à droite partant des Chiefs depuis 5 ans, un joueur solide sans être spectaculaire. Hors du terrain, je vous mets au défi de lui trouver un défaut.

Défensive et unités spéciales en bonus

À l’exception de Chris Jones (une exception non négligeable), les choix à partir de la deuxième journée en défensive ont un peu moins de lustre que ceux en attaque, mais leur empreinte est tout de même présente. En plus de Jones, Tanoh Kpassagnon, choix de 2e ronde, et Derrick Nnadi, choix de 3e ronde, ont joué plus de 50% des jeux au Super Bowl. Juan Thornhill, pris en 2e ronde en 2019, les aurait certainement joints n’eût été une blessure qui a mis fin à sa saison. Même scénario pour Breeland Speaks, choix de 2e ronde en 2018, quoique dans son cas, sa présence dans l’alignement partant aurait été incertaine. De son côté, Rashad Fenton, demi de coin repêché en 6e ronde, a joué 36% des jeux, en plus d’être présent sur les unités spéciales.

Si cela semble peu, on remarque également une forte contribution par les joueurs autonomes non repêchés. Le demi de coin partant Charvarius Ward, le maraudeur partant Daniel Sorensen et le secondeur substitut Ben Niemann ont tous joué un rôle dans la conquête du Super Bowl malgré avoir été ignorés au repêchage. Ce sont donc 5 partants et 7 contributeurs importants issus de l’organisation qui ont aidé à remporter le trophée Vince Lombardi. Considérant que les 2 seuls choix de première ronde en défensive de l’ère Reid ont été échangés, c’est impressionnant.

Et ce succès se voit également sur les unités spéciales. Selon Football Outsiders, les Chiefs étaient la 2e meilleure équipe sur cette phase de jeu et la majorité des joueurs qui y participent sont issus de l’organisation. Dorian O’Daniel, choix de 3e ronde en 2018, n’a jamais joué un match avec moins de 50% des jeux sur les unités spéciales. Même son de cloche chez le joueur autonome non repêché Byron Pringle et le choix de 4e ronde en 2018 Armani Watts. C’est également ici que les choix de 6e et 7e ronde en 2019 Darwin Thompson et Nick Allegretti ont joué leur rôle au Super Bowl.

D’ailleurs, c’est sans surprise qu’on remarque que chaque joueur repêché en 2019 a joué au moins un jeu au Super Bowl, excepté Thornhill, qui aurait joué n’eût été sa blessure.

Leçons à tirer

À analyser ce que les Chiefs ont fait au repêchage depuis 2013, on ne s’étonne pas qu’ils aient remporté le Super Bowl en février dernier. En 7 ans de repêchage, ils ont réussi à :

  • Trouver leur quart et leur bloqueur à gauche de franchise
  • Repêcher un des meilleurs ailiers rapprochés de sa génération, hors de la première ronde
  • Aller chercher la plus grande menace verticale de la NFL, hors de la première ronde
  • Ne rater aucun choix de 1reronde, et échanger 2 de ces choix non essentiels contre des atouts
  • Reculer hors de la première ronde et quand même repêcher un joueur d’impact sur ta ligne défensive
  • Bâtir leur profondeur en défensive et sur les unités spéciales à partir de la deuxième journée et avec des joueurs non repêchés

Rien que ça!

On parle beaucoup du génie d’Andy Reid pour mener une équipe et bâtir une attaque. Il est temps qu’on parle de lui comme un génie au repêchage aussi!

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